07242014Manchettes:

La Zone Euro et les États-Unis sous pression

Voilà une semaine que Barack Obama a été réélu à la présidence Américaine. Après le passage de Sandy et la pause électorale, les défis et inquiétudes en Zone Euro et aux États-Unis influenceront à nouveau les parquets boursiers. Voici l’analyse d’Alexandre Baradez de Saxo Banque.

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Une nouvelle semaine commence pour les marchés avec l’Europe et les Etats-Unis, une fois n’est pas coutume, au centre des intérêts et des inquiétudes.

 Au niveau européen, l’Espagne a récemment annoncé qu’elle avait bouclé son programme de financements pour 2012, sur les échéances moyen et long terme (celles présentant le plus risque étant donné le manque de visibilité économique). Une bonne nouvelle en soi que le marché s’est empressé de saluer….par une hausse des taux (!). En effet, alors que le 10 ans espagnol naviguait autour de 5.65% au moment de l’annonce, il s’est apprécié depuis pour flirter avec les 5.90% en ce début de semaine. La raison ?  Même si l’Espagne semble en passe de finir l’année sans avoir recours à l’aide européenne et si le risque systémique pour son secteur bancaire s’éloigne, les marchés se demandent légitimement comment l’Espagne va procéder pour retrouver le chemin de la croissance et faire baisser le taux de chômage surréaliste de sa population active (25%). Rappelons à titre de comparaison que le taux de chômage moyen de la zone euro est de 11.6%.

 Nul doute que les déclarations estivales de la BCE et de son président ainsi que la mise en place du programme OMT ont permis à l’Espagne de finir « sereinement » l’année sur le marché de la dette. Au-delà du challenge économique colossal qui attend l’Espagne en 2013 (plus de 80 milliards à lever sur les marchés l’an prochain), le pays devra également convaincre ses partenaires  que la structure de défaisance (« bad bank ») mise en place pour absorber les crédits à risque des banques fragilisées ou nationalisées sera viable. En effet, l’Etat sera minoritaire au sein de cette structure et devra donc trouver des investisseurs privés pour monter au capital et racheter les actifs certes fortement décotés, mais présentant toujours un risque de décote supplémentaire étant donné l’état du marché immobilier ibérique. Ce secteur qui a tiré la croissance de l’Espagne pendant des années devient maintenant son point faible en charriant des milliers de chômeurs et avec un stock de biens immobiliers qu’il faudra désormais écouler sur des années.

 Mais au sein de la zone euro il y a pire que l’Espagne. La Grèce qui entamera en 2013 sa 6ème année de récession arrive au bout du chemin. Athènes a réalisé tout ce qui lui a été demandé : validation des nouvelle mesures d’austérité de plus de 18 milliards jusqu’en 2016 par le Parlement et vote ce weekend du budget 2013. Malgré l’éclatement du paysage politique et la pression sociale, on peut considérer que c’est un tour de force de la coalition au pouvoir. Bout du chemin pour la Grèce qui doit encore rembourser cette semaine (16 novembre) 5 milliards d’euros à ses créanciers dont la BCE. Athènes n’a d’autres choix que de se financer à très court terme sur les marchés ou de bénéficier d’un report de la date de remboursement pour pouvoir honorer cette échéance.

Les yeux sont braqués sur les ministres des Finances de la zone euros qui prendront vraisemblablement connaissance d’une ébauche du rapport de la troïka en ce début de semaine. Inutile d’attendre une réponse imminente sur le versement de la prochaine tranche d’aide de 31 milliards. Il reste encore à valider le prolongement de 2 ans du délai potentiellement accordé à la Grèce pour effectuer ses réformes budgétaires et structurelles ainsi que la manière d’absorber le surcoût de 15 à 20 milliards lié à ce délai (rachats obligataires, rallongement des échéances de remboursement, modification des taux ?). L’idée d’effacer une partie de la dette a même commencé à faire son apparition alors que la dette/PIB de la Grèce en 2013 devrait avoisiner les 190% du PIB (lorsque la moyenne européenne est de 90%). Mais les créanciers publics (Etats, BCE) semblent moins enclins que les créanciers privés à  subir une perte sur leur portefeuille obligataire grec…

Pendant ce temps aux USA

La semaine sera également à l’heure américaine avec les minutes de la FED mercredi qui permettront d’avoir des précisions supplémentaires sur les leviers qui orientent la politique monétaire en ce moment. Depuis le lancement du QE3, la FED a clairement indiqué que l’emploi serait le baromètre de la politique monétaire, tout comme l’immobilier étant donné que le programme de rachat d’actifs porte sur les MBS. Force est de constater que depuis quelques mois les signes d’amélioration de ce secteur sont tangibles tout comme le marché de l’emploi  avec un taux de chômage qui parvient à rester sous les 8%. Face aux critiques subies par les démocrates sur le laxisme budgétaire par le camps adverse et avec les négociations qui vont s’ouvrir avec ces mêmes républicains sur le mur fiscal, et après les critiques du désormais ancien candidat républicain sur la gestion de la politique monétaire par Bernanke, on se demande quelle sera l’attitude de la FED dans les mois à venir, même si cette dernière a répété que la gestion de la politique monétaire se faisait en toute indépendance des pouvoirs politiques en place…est-ce que dans l’optique des dures négociations qui vont s’ouvrir, le camp démocrate ne sera pas tenté d’afficher des signes de fermeté budgétaire ? Inutile de préciser que dans ce cas les indices actions US devraient poursuivre leur correction actuelle.

 Les marchés US qui avaient bien résisté et avaient même tiré profit de la crise de la dette en zone euro sont à leur tour atteints par le doute de la soutenabilité de la dette fédérale à long terme. Après l’incertitude liée au scrutin présidentiel vient l’inquiétude grandissante sur les négociations qui vont s’ouvrir. Le président réélu a décidé de ne pas attendre la fin de l’année pour ouvrir les débats et devrait initier ce vendredi une discussion réunissant les leaders des deux camps, une manière de prendre la température avant d’entrer dans le vif du sujet…

 Sujet à risque car il sera question non seulement du relèvement du plafond de la dette mais également des coupes budgétaire et de la fin plus ou moins rapide d’aides fiscales. Un chiffre permet de mieux se rendre de l’enjeu de ces négociations : 600 milliards de dollars. C’est la hauteur du mur. Presque 4% du PIB américain…

 Il va sans dire qu’un échec signerait l’entrée en récession de la première puissance économique avec les dommages collatéraux que cela aurait sur une Chine qui s’essouffle (même si un rebond économique est probable au 4ème trimestre) et sur un Japon au bord de la récession.

Même si les républicains auront à cœur de démontrer qu’ils restent LA force d’opposition majeure, et pour reconquérir un électorat désorienté par le grand écart de la campagne entre les extrêmes et les modérés, ils seront obligés de composer avec les démocrates pour ne pas être tenus comme responsables de la dégradation de la situation économique qui pourrait résulter d’un échec.

 Face à l’incertitude de cette situation, le Dow Jones pourrait poursuivre sa correction en direction des 12632 pts (61.80% de correction de la hausse de juin à octobre 2012) puis 12388 pts (76.40% de correction) dans les jours qui viennent.

En ce qui concerne les indices européens, le CAC40 se trouve au-dessus d’un support passant par les plus bas d’octobre et novembre qui correspond à un niveau actuel de 3375-3380 pts. Une cassure de ce niveau aurait des implications baissières avec un support suivant à 3330 pts correspondant à 38.20% de correction de la hausse de juin à septembre 2012. Seul un retour au-dessus de 3500 points ferait retomber la pression baissière et ouvrirait la porte à une accélération au-dessus des plus hauts annuels.

Enfin sur le terrain des devises, l’euro reste toujours sous pression face au dollar. Une cassure des niveaux actuels (1.2685$ / 1.2720$) entraînerait probablement la devise européenne sur les 1.2600$, niveau qui représente 50% de correction de la forte hausse de juillet à septembre.

Alexandre Baradez, Analyste marché chez Saxo Banque